Charte déontologique et cadre éthique
Préambule
La présente charte définit les repères éthiques, déontologiques et méthodologiques qui guident ma pratique de psychopraticien de la relation d’aide et de conseiller en psychologie islamique. Elle formalise l’engagement mutuel entre le praticien et la personne accompagnée, dans le respect strict de son autonomie, de sa foi et de son intégrité psychologique et spirituelle.
1. Fondements et posture rogérienne (Approche Centrée sur la Personne)
L'accompagnement s’appuie sur les trois conditions thérapeutiques fondamentales définies par Carl Rogers :
- L’empathie profonde et précise : une écoute active visant à percevoir le cadre de référence interne de la personne, ses ressentis et ses dilemmes, sans jugement ni distorsion.
- Le regard positif inconditionnel (bienveillance et non-jugement) : l’accueil inconditionnel de la personne dans toutes ses dimensions émotionnelles et humaines, indépendamment de ses parcours, épreuves, vulnérabilités ou questionnements.
- La congruence et l’authenticité : une présence sincère, transparente et alignée du praticien tout au long de la relation d’aide.
Le praticien s'interdit toute directivité intrusive : il reconnaît que chaque individu porte en lui les ressources nécessaires à sa propre actualisation et à son évolution, avec l'aide et la grâce divines.
2. Cadre et conception de la personne en psychologie islamique
L’accompagnement intègre une anthropologie holistique issue de la tradition islamique (notamment inspirée des travaux contemporains de formalisation comme ceux du Dr Abdallah Rothman et des savants classiques de la tazkiyat an-nafs) :
- Reconnaissance de la dimension spirituelle (al-Fitrah) : chaque être humain possède une disposition originelle saine tournée vers le sens, la justice et la transcendance.
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Le modèle structurel de l’âme : la prise en compte des dynamiques entre :
- Le Nafs (l’ego, les pulsions et penchants psychologiques) : lieu des luttes internes, des habitudes et de la vulnérabilité émotionnelle.
- Le Qalb (le cœur spirituel et affectif) : centre de la conscience, de l’intuition, de l’alignement des valeurs et de la paix intérieure.
- Le Rûh (le souffle/l’esprit divin) : source de vitalité supérieure et de lien vertical avec le Créateur.
- L’‘Aql (l’intellect, la raison) : faculté de discernement et de pondération.
- Non-moralisation de la souffrance : la souffrance psychologique, l’anxiété, le deuil ou les tiraillements intérieurs ne sont jamais réduits à un prétendu « manque de foi ». Ils sont accueillis comme des épreuves humaines nécessitant un soin psychologique attentif, bienveillant et rationnel.
3. Autonomie du consultant et liberté de conscience
- Respect du rythme : l'accompagnement respecte scrupuleusement le cheminement personnel et spirituel de la personne. Le praticien n’impose aucun modèle comportemental ni aucune obligation de pratique religieuse.
- Distinction des rôles : le conseiller en psychologie islamique intervient sur le plan de la relation d’aide, de la clarté émotionnelle et du soutien psychologique. Il n'est pas un juriste musulman (mufti) et s'interdit d'émettre des avis juridiques contraignants (fatwas). En cas de questions purement jurisprudentielles (fiqh), la personne est renvoyée vers des spécialistes reconnus en sciences islamiques.
4. Confidentialité et secret professionnel
- Devoir de réserve absolu : l’ensemble des échanges, notes, confidences et informations partagées en séance est protégé par une stricte obligation de confidentialité.
- Limites légales : cette confidentialité ne peut être levée que dans les cas prévus expressément par la législation française (mise en danger immédiate et imminente de soi-même ou d’autrui, maltraitance sur mineur ou personne vulnérable).
5. Cadre d'exercice, limites et sécurité clinique
- Complémentarité et non-substitution : la relation d’aide ne constitue pas une psychothérapie médicale au sens réglementé de la psychiatrie ou de la médecine. Aucun diagnostic nosographique psychiatrique n’est posé, et aucune prescription médicamenteuse n’est délivrée.
- Orientation et partenariat : si le praticien observe des troubles psychiatriques sévères, des décompensations ou une urgence vitale, il a le devoir déontologique d'orienter le consultant vers un psychiatre, un psychologue clinicien ou les structures d'urgence compétentes (15 ou 112). L'accompagnement peut, le cas échéant, s'inscrire en complémentarité avec une prise en charge médicale, avec le consentement du consultant.
6. Formation continue, supervision et éthique personnelle
Le praticien s'engage à maintenir une rigueur professionnelle et personnelle par :
- Un suivi régulier en supervision clinique pour analyser sa pratique, préserver la neutralité bienveillante et prévenir tout transfert ou contre-transfert.
- Une formation continue tant dans les développements de la relation d'aide et de la psychothérapie humaniste que dans le champ de la psychologie islamique.
- Un travail personnel de vigilance éthique et spirituelle (muhasabah) garantissant l'intégrité de sa posture.